Témoignage d’une infirmière…

Il y a un mois environ j’étais au commissariat pour une confrontation.

En face de moi, un homme que j’ai reçu à mon travail. Ce jour là à mon poste d’accueil des urgences, face à une question anodine et utile pour une prise en charge efficace, ce monsieur s’est énervé, m’a hurlé dessus, a usé de sa stature imposante pour m’impressionner et a tenter de “rameuter” la salle d’attente a sa cause, en me traitant entre autres originalités de “pute”, “connasse”, “pétasse”, “salope” et j’en passe.

Ce jour là j’ai craqué, j’ai pleuré, je n’étais au travail que depuis 2h, il m’en restait encore 10.

Il y a 5 jours, je descends de mon unité de post urgences pour dire bonjour a des collègues à l’accueil des urgences.

Je n’en ai pas eu l’occasion. Un monsieur qui accompagnait sa dame pour quelque chose de douloureux mais non vital s’en ai pris a moi. Ils attendaient depuis 45min, il n’y avait pas d’eau froide aux toilettes et n’étant pas plombière ni faiseuse de pluie froide je ne pouvais répondre à ses attentes. Par contre j’ai pu être utile comme défouloir, malgré mes collègues et sa dame lui expliquant que son comportement était inadapté et inapproprié. Je suis donc repartie aussi vite que j’étais arrivé, sans dire bonjour a des collègues que j’apprécie. Et avec les larmes aux yeux de colère, mais avec la fierté d’avoir pu garder mon calme. On appelle ça ronger son frein.

Cette nuit. Cette nuit je me suis retrouvée avec des mains qui serraient mon cou.

Quelques minutes avant, on reçoit une patiente qu’on installe en chambre, calme mais très demandeuse de médicaments qu’on ne peut pas lui donner. Je reste ferme. Tout de suite après nous allons installer un autre patient en chambre. Voyant la 1ere patiente s’agiter dans les couloirs je préviens mes collègues que je vais m’en occuper. Je lui dis donc sur un ton calme qu’elle doit rejoindre sa chambre. Elle hausse le ton, devient agressive verbalement et continue de me réclamer ces fameux médicaments. Je lui explique qu’il n’y a pas de négociation possible. En deux pas elle se retrouve les deux mains serrées autour de mon cou et mon dos collé au mur. Je ne sais pas si c’est la peur ou son geste qui me coupe le souffle. J’ai le réflexe de prendre mon téléphone de service et d’appuyer sur le bouton d’urgence. Mais je n’ai pas du appuyer assez fort ou assez longtemps cela ne marchera pas. Au bout de moins d’une minute elle me lâche et s’écarte à peine. Je ne dis rien. Elle me fixe toujours et je n’ose faire un geste brusque de peur d’envenimer les choses. J’appelle la sécurité, puis cris le nom d’un collègue puis le médecin sénior. En une minute une collègue est à mes cotés et je m’effondre. Viens la crise d’angoisse. Je pleure je tremble je manque d’air, mais je tente de faire face malgré les larmes qui coulent a flot.
Je n’aurais pas de bleus, à peine une marque légère qui devrait disparaitre durant mon sommeil. Et pourtant arrivée chez moi, des montées de peur m’envahissent plusieurs fois pendant quelques secondes sans raison.

Et je ne peux fermer les yeux sans avoir écrit ce texte.
Qu’est-ce que ça va être ensuite ? Qui ça va être ensuite ? Quand ?
J’ai été formidablement entourée ce soir. Mais je suis la seule à me souvenir de ses mains qui serraient mon cou sans savoir si elle comptait lâcher dans 10 sec, 2min ou jusqu’à qu’on l’arrête.
Je suis retournée travailler, je lui ai même fait des soins, elle était sédatée et contenue et ne pouvait donc plus m’atteindre. Et mes gestes ont empêchés que sa santé se détériore.
J’ai choisi ce métier d’infirmière par vocation. Tout le monde peut avoir besoin d’aide un jour, et j’ai les capacités, les compétences et la volonté pour y participer.
Nous sommes des humains aussi. Nous pouvons être détruits aussi. Nous ne sommes pas des robots. La violence qu’elle quelle soit doit cesser.
Je suis encore sous le choc et donc moins lucide mais.. vais-je tenir encore longtemps dans ces conditions ? Ces conditions qui ne font que se dégrader et qui vont engendrer des situations similaires de plus en plus souvent.
Je veux croire que les choses peuvent changer, s’améliorer. Mais combien d’agressions (peu importe la gravité ‘physique’ ) va-t-il encore y avoir ?

Combien de soignants morts voulez vous pour commencer à prendre la mesure que si les urgences crient URGENCES c’est que le système de santé semble ne plus pouvoir être réanimé.