AUJOURD’HUI 201ème JOUR DE GREVE

Aujourd’hui 201ème jour de grève aux urgences du CH Dinan (22) et par ce courrier, je tiens à vous témoigner Mr le Ministre de la Santé mon désarroi, ma déception mais aussi ma colère envers ce gouvernement qui fait la sourde oreille face à nos revendications.

Sont-elles justes ? Sont-elles justifiées ? Nous le pensons toutes et tous. A l’heure actuelle, nous devons faire face à toujours plus de personnes à prendre en charge pour toujours moins de lits d’hospitalisation sur l’hôpital. Une vague de départ de médecins a commencé il y a quelques mois et cela continue encore et encore …. Médecins qui témoignent eux aussi de leur ras le bol de cette politique d’austérité.

Au-delà du manque évident de lits d’hospitalisation, nous manquons de personnel médical pour faire face à l’afflux de patients du pays Dinannais et réduire au maximum les délais d’attente et de prise en charge, nous éprouvons également des difficultés à transférer les patients ne relevant pas de notre établissement (plateau technique insuffisant) par manque de lits d’aval, ce qui entraine un retard de prise en charge et une mise en danger du patient.

Et que dire du matériel ? Vieillissant et détérioré, ces mots restent faibles quand on voit que nous avons en notre possession des brancards aux freins défectueux, où le dossier ne tient plus et que nous sommes obligés de le bloquer contre un mur pour le maintenir en position semi-assise (pour un en particulier). Un électrocardiogramme qui fait des allers-retours en réparation, un SAS d’accueil où le secret médical et la pudeur n’existe pas, un service d’UHTCD avec des chambres doublées faute de place.

Il y a tant d’autres exemples que je pourrais citer.

Nous, personnel paramédical, nous devons constamment combler les déficits que ce soit en terme de place sur l’hôpital mais aussi combler les arrêts de travail (car oui nous nous « auto-remplaçons »).

Nous devons toujours faire plus et continuer à faire le dos rond en espérant un avenir meilleur. Nous faisons face aussi à une recrudescence des agressions physiques et verbales qui deviennent monnaie courante malheureusement. J’ai été moi-même victime récemment d’agression physique et de menaces de mort de la part d’un patient fortement alcoolisée. Malheureusement ces faits sont de plus en plus fréquents dans tous les hôpitaux français et quelques fois ces agressions se terminent de manière dramatique comme cela a été le cas très récemment chez nos collègues de l’hôpital psychiatrique de Thouars avec une infirmière qui a été mortellement blessée.

Nous passons une grande partie de l’hiver en sous-effectif mais cela tout le monde s’en moque que ce soit au niveau de la direction ou bien du gouvernement (seuls comptent les chiffres).

Un an de grève de l’inter-urgences et heureusement que nous avons le soutien de l’opinion publique mais en aucun cas celui du gouvernement et des pseudos têtes pensantes qui dirigent notre pays.

Pourquoi ? Peut-être parce que vous savez très bien que les soins continueront d’être prodigués ? Que le personnel gréviste continuera à travailler malgré la colère grandissante ?

En France, nous faisons face à une catastrophe sanitaire nationale dans nos hôpitaux et vous en êtes clairement conscients.

Vous et les précédents gouvernements, qui laissez l’hôpital public mourir à petit feu, qui laissez des soignants en grandes difficultés et des patients démunis face aux diverses restrictions budgétaires… votre responsabilité n’est-elle jamais questionnée ? Cela ne ressemble-t-il pas à une non-assistance à personne en danger ?

 Il est temps que cela change et que vous preniez clairement vos responsabilités face à tous ces problèmes, que vous décidiez enfin de nous écouter et nous aider à avancer de manière sereine vers l’avenir.

Nous aimons notre métier et sommes dévoués à le pratiquer dans les meilleures conditions pour les patients et leur bien-être.

Les français aiment leur hôpital public.

Il ne faut pas oublier que notre système de santé est notre fierté et que le monde entier nous l’envie, alors pourquoi le laisser périr ?

 

A titre personnel, je suis un soignant des urgences au bord du « burn-out » et je vous en rends grandement responsable.

 

Cordialement,

Un soignant du service des Urgences