J’ACCUSE

Voilà des jours, des semaines, des mois, que les services d’urgences crient à l’agonie, à l’asphyxie, à l’étranglement de ses personnels médicaux et paramédicaux. La dégradation des conditions de prise en charge, a malheureusement eu pour conséquence tragique, le décès de patients sur des brancards, dans l’indifférence la plus totale et l’omerta toujours plus grande des directions des hôpitaux publics. La faute de l’institution ne sera reconnue que pour peu d’entre eux, si tant est que quelqu’un si intéresse. Des drames survenus lors de demande de soins, dans ces services d’urgences acculés par la prise en charge croissante de patients, de ces personnels soudimensionnés et arrivant à bout de souffle, rentrant chez eux choqués par ses pertes humaines inenvisageables.

Combien d’alarmes déclenchées, d’appels aux abonnés absents, de bouteilles jetées à la mer, de signaux de fumées, faudra-t-il avant que les pouvoirs publics prennent conscience qu’il est temps de prendre au sérieux, celles et ceux, qui tous les jours font face à ce terrain de mines impossible à éviter, si l’institution s’entête, ferme les yeux et se bouche les oreilles sur la réalité du quotidien dans ses services d’urgences en état de mort cérébrale ?

Combien de soignants pleureront en rentrant chez eux après leur journée de travail, où la qualité de la prise en soin aura été remplacée par la quantité de patients pris en charge ? Combien de soignants auront encore la pugnacité de revenir le lendemain en essayant de dissimuler ce mal-être rampant, jusqu’à ce que la faute ou l’erreur de soin arrive due à une gestion simultanée, trop importante, de malades à un instant T, qu’un énième décès de patient sur un brancard n’arrive et n’emporte avec lui la vocation et le dévouement de ces soignants ?

Combien de soignants seront-ils à décider de refermer la porte pour ne plus voir cela le soir en rentrant chez eux et préférerons mettre fin à leurs jours pour abréger leur culpabilité, dans une absence d’empathie de nos directions, trop occupées à suivre les indicateurs, les chiffres, les efficiences du personnel, toutes ces nouvelles méthodes managériales inventées dans l’industrie et transposées au domaine de la santé ?

J’accuse, les gouvernements qui depuis 20 ans ont laissé pourrir une situation sans jamais avoir eu l’audace, ni le courage, d’avoir fait virer de bord le navire de l’hôpital public et de l’avoir laisser filer droit sur le récif. Le navire a inévitablement talonné et celui-ci prend l’eau de toutes parts, mais pour combien de temps restera-t-il encore à flots avant que les eaux ne l’avale et l’entraîne définitivement vers la profondeur des abysses et avec lui des milliers de patients et de soignants, déclenchant la disparition de notre système de santé tant scrutés et enviés par d’autres pays.

J’accuse, l’Etat français de ne pas prendre la mesure de l’enjeu majeur de santé publique, par des mesures drastiques et draconiennes pour tenter de ranimer le malade qu’est l’hôpital public. L’heure n’est plus à une cure d’homéopathie, mais bien à un traitement de fond et de choc, en déclenchant des moyens immédiats en personnels médicaux et paramédicaux, en ouvrant ou réouvrant des lits d’hospitalisation, pour certains sacrifiés sur l’autel de la rentabilité au profit de l’ambulatoire et par la reconnaissance des personnels dans leurs engagements inaliénables et permanents dans leurs missions auprès des patients, au travers d’une réévaluation salariale .

Morgan QUENTEL BARBI

Référent région Bretagne du Collectif InterUrgences