Le 17 décembre, les hospitaliers se sont mobilisés, à Paris et en régions. La manifestation
parisienne a débuté à Lariboisière. Hôpital dont le service d’urgence avait été le lieu d’un drame
fortement médiatisé, un an auparavant au jour près : une patiente, enregistrée à 19h, avait été
retrouvée décédée presque douze heures plus tard en salle d’attente. La commission d’experts
mandatée par l’AH-HP avait alors mis en lumière l’extrême saturation du service.

Depuis, le Collectif Inter-Urgences a montré que ces situations de crise étaient devenues la
norme à l’hôpital. Un an plus tard, et malgré l’alerte donnée par les paramédicaux depuis neuf mois,
nous continuons de dénombrer toujours autant de situations dégradées.

Alors que la période des fêtes de fin d’année permettent aux directions hospitalières de se cacher
derrière les « congés des équipes et perspectives d’activité », la maladie ne prend pas de vacances.
Fermetures de lits de médecine et de chirurgie VS épidémie de grippe, chutes en tout genre, accidents
de la voie publique… nos enfants, parents, amis, se retrouvent de nouveau à passer des heures voire
des jours en « hospitalisations brancards ».

A Cochin ou à Dinan, ce sont des services entiers d’orthopédie qui sont actuellement fermés,
entraînant un allongement des durées de prise en charge et des transferts vers les autres hôpitaux.
Les fractures du col du fémur de votre grand-mère douloureuse ou la double fracture de votre petit
frère peuvent bien attendre !

A Aix en Provence, la moitié du service d’UHCD (unité d’hospitalisation courte durée des urgences) voit
son nombre de lits diminué de moitié, sans que les équipes en connaissent la raison ni son devenir,
mais doivent assurer les soins avec une diminution de leurs effectifs.

Encore à l’AP-HP, Bayonne, Bordeaux, Brest, Dinan, Epernay, Libourne, Mâcon, Mont de Marsan,
Nantes, Remiremont, Seclin, Saint-Nazaire… se sont plusieurs milliers de lits d’hospitalisation de
différentes spécialités qui sont fermés. Certains avec impossibilité de rouvrir début janvier faute de
personnels soignants suffisants. Par ici, promesse d’ouverture de « lits tampons » mais sans effectif
supplémentaire. Par là, on annonce que les hospitalisations brancards dérangent moins que les durées
d’attente avant de voir un médecin à l’arrivée aux urgences. Le cercle vicieux est toujours en place.

La triste palme d’or revient à l’hôpital pilote dans la mise en place du « contrat zéro brancard »
dont s’étaient félicités l’ARS Ile-de-France et l’AP-HP : aux urgences de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre
(94, AP-HP) où 34 patients restent ce matin hospitalisés sur des brancards dans un couloir faute de
place dans les étages, dont certains pour leur 3e journée. Quelques jours plus tôt, le chef de service
alertait déjà sur cette situation déplorable, et dénonçait : « Les personnels déjà malmenés par les
conditions de travail habituelles risquent de s’arrêter d’avantage. Aujourd’hui, nous n’avons d’autre
choix que de subir à moins de tous démissionner (hypothèse sérieuse) ; on ne ferme pas les urgences
faute de personnels et ce quel que soit l’activité et le nombre de patients présents. Prévenez vos
internes que les gardes vont être difficiles. Nos tutelles sont irresponsables de savoir et de fermer
les yeux. »

Alors que la semaine dernière, le député Thomas Mesnier et le Pr. Carli présentaient à la Ministre de la
Santé la version définitive du « pacte de refondation des urgences » (dont presque aucune mesure ne
concerne directement les urgences!), et en attendant les arbitrages nécessaires, certains diront qu’il
est normal que les réformes hospitalières prennent du temps et cette réflexion est tout à leur honneur.
Espérons qu’ils conservent le même flegme s’il arrive que ce soit leur enfant qui soit transféré 200km
plus loin par manque de lits en réanimation pédiatrique, ou leur parent qui se troue la peau jusqu’à
l’os sur des brancards trop durs par manque de lit et de personnel.

Pour de meilleures conditions de travail, au profit de meilleures conditions d’accueil, pour
cette année comme pour la suivante : nous portons toujours les mêmes revendications
d’augmentation des effectifs soignants, revalorisation des salaires et arrêts des fermetures de lits voire
réouvertures de lits à hauteur des besoins remontés service par service. Nous serons toujours présents
en janvier, prêts à manifester et à nous mobiliser sous toutes les formes possibles.

Joyeuses fêtes de fin d’année à tous !
Le Collectif Inter-Urgences