Lors de l’annonce du « pacte de refondation », réponse portée par Mme Buzyn au conflit social en cours, un volet a été présenté sur l’évolution des métiers incluant :

  • Des protocoles de coopérations, dont la démarche est simplifiée auprès des HAS/ARS, qui permettront aux IDE de réaliser plâtres, sutures, radiographies anticipées et réorientations avec à la clé une revalorisation de 80€ par mois.
  • Une formation M2 IPA « Urgences », qui permettrait aux IDE de réaliser plâtres, sutures, radiographies anticipées et réorientations avec à la clé une revalorisation salariale inconnue.

Pour les aides-soignantes le gouvernement pense que la seule revalorisation du décret de compétence, à savoir l’officialisation de la réalisation des ECG et glycémies capillaires, est satisfaisante pour répondre à la crise que traverse ce métier.

Pendant l’audition du Collectif Inter-Urgences par la mission nationale le professeur Carli a précisé le périmètre de ces IPA : Urgences/SMUR/Régulation. Le député Mesnier avait avancé peu de temps avant la possibilité pour les IDE de faire de la régulation en exercice partagé. Nous pouvons en conclure deux éléments : le dossier IPA est encore une coquille vide et la seule ambition sur ce dossier avancée à ce jour concerne l’exercice pré-hospitalier.

En parallèle, si la synthèse du Collectif Inter Urgences rendue à cette occasion porte bien l’affirmation du développement des pratiques avancées, la vision diffère.

Les deux premiers arguments avancés sont simples : l’exercice aux urgences est à l’heure actuelle trop difficile pour envisager un parcours filiarisé urgences, et ces services ne souffrent pas d’un défaut de compétences en matière de gestes et soins d’urgences mais d’une désorganisation globale du système de santé. Il paraît par ailleurs complexe de proposer un parcours de formation cohérent au regard des disparités dans l’exercice et dans la définition des missions que portent les professionnels exerçant aux urgences.

Aussi, le modèle avancé était celui d’IPA en soins primaires, exerçant aux urgences autant qu’en libéral ou en exercice de ville salarié, pour le diagnostic et le traitement de pathologies aiguës bégnines, la coordination de parcours complexes, les éducations en santé, la réalisation de sutures simples etc.

Les annonces de la ministre ont fait réagir deux corporations : les IADE et les IBODE.

  • Pour les IADE, nous réaffirmons notre désaccord sur la filiarisation Urgences et sommes favorables au maintien du décret actuel qui les positionne sur l’exercice pré-hospitalier.
  • Pour les IBODE, notre posture sur les sutures est plus complexe. Premièrement nous n’arriverons pas au sein du Collectif à faire consensus sur ce sujet. Ensuite, selon les organisations locales, il y a des endroits où la réalisation des sutures par les paramédicaux peut être une vraie réponse à la gestion du flux. La réserve que nous émettons concerne plutôt la vision même des protocoles de coopération dont le propos est uniquement de dégager du temps médical. Par endroits, si la réalisation de ces protocoles revient à transférer la charge de travail sur des équipes paramédicales déjà à bout de souffle la pertinence de ces dispositifs est proche de zéro.

Nous comprenons les enjeux derrière la colère des IBODE mais trouvons plus pertinent d’appuyer la demande de réingénierie de leur formation, demande portée depuis quelques années et n’ayant toujours pas trouvée de réponse de la part du gouvernement.

Ces éléments d’explications semblent nécessaires à l’heure où nous appelons l’ensemble des hospitaliers à se mobiliser pour la revalorisation des conditions de travail.

Nous rappelons qu’avant de penser à l’évolution des métiers nous demandons la revalorisation de ceux que nous exerçons déjà, par une augmentation de 300€ nets mensuel pour tous. Après 6 mois de grève des urgences nous estimons qu’il y a une fenêtre de tir qui ne s’est pas présentée depuis longtemps et qui ne se représentera plus avant longtemps. Si les solutions ne font pas consensus le constat est partagé par tous : l’hôpital crève du manque de moyens. Les défauts organisationnels ne sont pas à nier mais ne peuvent pas remettre en question la pénurie dans laquelle s’inscrit notre exercice. 

A l’heure où nous devrions tous nous battre pour revaloriser d’un point de vue macro, il serait dommage de partir dans des luttes intestines. Nous, Collectif Inter-Urgences, ne pourrons pas porter la lutte sur nos seules épaules. Nous avons besoin de votre aide. Nous avons besoin de votre énergie et de votre volonté à vous inscrire pour la reconnaissance globale de l’exercice en milieu hospitalier.