Le Collectif Inter Urgences (CIU) et le Collectif Inter Hôpitaux (CIH) reçoivent beaucoup de messages, via leurs réseaux sociaux ou leurs boites mails. 

Et parfois, au milieu des messages de soutien, des questionnements des professionnels de santé, il y a un témoignage qui arrive. 

Des textes souvent poignants, mettant des mots sur la détresse, l’incompréhension du système, les questionnements professionnels et personnels. 

Voici l’un de ces message.

………….Je n’ai pas eu le temps de vous répondre dans la journée, faute de temps.
Je n’arrive plus à envoyer des mails non urgents que tôt le matin (avant de mettre les pieds dans le service) ou tard le soir (après avoir quitté le service).

Bien sûr que je suis d’accord pour témoigner.

Je pourrai même faire témoigner mes collègues pédiatres, mes IDE et auxiliaires, qui n’en peuvent plus alors que nous ne sommes que le 3 décembre!! Il leur reste encore deux ou trois mois très tendus à tenir. Le service de pédiatrie a perdu à partir de la fin de l’hiver dernier 30% de ses IDE [Infirmière Diplômée d’Etat] expérimentées et puis sa cadre de santé également suite à la gestion calamiteuse de l’équipe paramédicale imposée par la direction des soins.

Aujourd’hui, je me retrouve avec une équipe composée d’un tiers de nouvelles IDE dont certaines, tout juste sorties de l’IFSI [Institut de Formation en Soins Infirmiers] en septembre dernier. Et pour compenser le manque d’effectifs, la Direction des soins me propose des IDE du renfort ou des vacataires dont certaines ne connaissent rien à la pédiatrie.
Pire encore, dans son dernier mail, Mr D… me demande de proposer aux internes d’aider les infirmières à surveiller les bébés !!!
Dans quel hôpital sommes-nous ?

Je vous laisse deviner la réaction de ces jeunes infirmières face à un bébé de 3 ou 4 kg qui suffoque brutalement à cause de sa bronchiolite et qu’il faut intuber rapidement et brancher à un respirateur en attendant l’arrivée du SAMU pédiatrique qui est bloqué avec le transfert d’un autre patient ailleurs.
Le malaise a maintenant atteint les jeunes pédiatres de l’équipe qui n’ont pas l’habitude de la réanimation, qui viennent pleurer dans mon bureau à cause du stress et qui renoncent à assurer leur garde 3 heures avant par peur de voir un enfant décompenser ou un grand prématuré naître à moins de 28 SA pendant leur garde .

Le WE dernier je n’étais pas censé travailler. Mais comme le service était plein avec beaucoup de bébés instables en USC [Unité de Soins Continus], je suis venu aider ma jeune collègue qui était prévue pour faire la visite ce WE. Et heureusement que je suis venu car un nourrisson de 4 mois a failli faire un arrêt respiratoire et nous avons dû l’intuber in extremis. Elle m’a dit “heureusement que tu étais là. Je ne sais pas comment j’aurai fait avec cet enfant. Et il faut bien sûr s’occuper des 28 autres enfants du service dont 8 en USC !
Et ce n’est pas fini . Car ensuite, j ’ai passé plus d’une heure et demie au tel pour trouver une place en réanimation pour accueillir ce bébé. Devinez où ? A Amiens!
La maman a fait un malaise lorsque les IDE lui ont dit que la seule place disponible était à Amiens.

Nous ne travaillons plus dans des conditions de sécurité, ni pour les patients ni pour les soignants ni pour nous autres, médecins !!!

Je ne peux plus continuer à cautionner ce système qui est en train de nous broyer et cette direction qui n’en fait qu’à sa tête.
Je ne peux plus supporter le malaise de certains de mes collègues ni celui des soignants.
Je ne tiens pas à voir décéder un bébé dans mon service par manque de moyens.
C’est pour cela que je pense à démissionner de mes fonctions de chef de service.

Je vous remercie encore pour votre écoute et votre soutien
………..

Pédiatre

Chef de Service, Hôpital public.......