A Marseille, Hôpital de la Timone, le quotidien se passe parfois comme cela.

Témoignage …

Bonjour chèr(e)s collègues.

Je travaille aux urgences adulte Marseille centre depuis octobre 2008. Auparavant, j’ai fait des vacations aux urgences de Nice , entre autres expériences.

Je serai présent à  l’AG du 10/09 à Saint Denis. Je suis soutenu par l’ensemble des paramédicaux de la Timone Adulte. Ainsi que 34  des 38 médecins depuis quelques jours.

 C’est une grosse usine! Qui dysfonctionne:

http://www.lamarseillaise.fr/marseille/faits-divers-justice/75540-marseille-l-agression-de-trop-au-service-des-urgences-de-la-timone

Laurence est une amie, c’était mon AS ce jour là. elle rapportait des draps pour recharger les réserves de l’accueil. Son seul tort était de porter une blouse blanche. Nous n’avons même plus l’énergie pour aller porter plainte sur notre temps de repos. Quand à quitter le service, abandonner notre équipe. Cela veut dire poser un arrêt de travail. Ou risquer de mettre nos cadres, notre chef de service, notre hôpital encore plus en difficulté.

Personnellement j’ai porté plainte pour la première fois contre un patient le dimanche 11 novembre 2018. Trop de coups reçus, trop de menaces subies ce jour là. Après avoir tenté de le soigner. Après plusieurs heures de tergiversations. J’ai fait un burn out ce jour là. Les menaces ont continué, trop longtemps. Trop de risques pour ma famille et moi. 10 heures après son admission dans le service j’ai demandé l’intervention de la police.

Nous sommes bien plus nombreux dans ce cas que les chiffres officiels ne l’annoncent.

Mais il n’y a pas que les urgences. L’hospitalisation médicale n’a pas les moyens d’accomplir ses missions de soins.

 Encore un drame ce jour: https://www.laprovence.com/actu/en-direct/5659327/ce-jeudi-dans-la-provence-marseille-comment-a-t-on-pu-perdre-et-laisser-mourir-un-patient-atteint-dalzhei

Hier, réunion avec la direction générale de l’APHM. Encore du mépris, de la surdité, de la part du secrétaire général Mr Pinzelli. Un dirigeant aux manières brutales.

La direction nous propose de signer un protocole d’accord de sortie de grève. Il semblerait que Mme Buzyn ait ordonné aux directions des sites hospitaliers  de France de diviser, d’affaiblir le mouvement en obtenant une baisse du nombre des services déclarés grévistes à travers le pays.

Mais ses propositions c’est du vent! rien de neuf. Que du pire! Ils nous ont dit que les renforts humains prenaient fin en septembre. On croit rêver! l’hiver prochain, on va encore laisser des dizaines de malades sur le carreau! On le sait.C’est récurrent! Mais pour la direction il n’y a pas de problèmes. Réunion après réunion, nos observations sont balayées. La réponse commune est “ restez à votre poste et cessez de demander. Nous sommes des dirigeants extraordinaires”. Et ils publient des communiqués mensongers dans le journal local.

Nous sommes astreints au travail depuis le mois de mars. La direction durcit ses réponses progressivement:

  • Difficultés croissantes pour poser les heures de récup ( j’ai plus de 500 heures sur ma balance horaire, mais c’est commun au SAU Timone. Les IDE qui ont formé et sécurisé l’organisation Plan Blanc et NRBC ont environ 1000 heures à récupérer).

  • Impossibilité de poser nos congés annuels d’été selon les règles. Je suis père de famille, j’ai obtenu des congés à partir du 6 septembre. Je vous dis pas l’été que j’ai passé.

  • Mon binôme de travail, qui en neuf ans était devenu mon meilleur ami sur Marseille. Un excellent infirmier urgentiste et apprécié du SAMU 13 où il avait exercé durant 2 ans. Pour notre équipe du SAU Timone un pilier est décédé prématurément le 14 juillet à l’âge de 45 ans. La semaine dernière la réponse de la DRH était qu’il percevra son salaire du 1 au 11 juillet 2019. Les heures de la balance horaire ne reviendront pas à ses héritiers. J’ai mis la direction sous pression sur ce sujet.

  • Ce jour une assemblée plénière du personnel du SAU Timone Adulte s’est réunie. Des collègues travaillent ensemble à des propositions qui seront remises à la direction.

  • Cet après midi de fortes actions sont mises en oeuvre, nous avons rendus aux divers services les brancards que nous leur avions “empruntés”, comme nous n’avons pas récupéré notre dotation; les patients sont installés par les Marins pompiers sur les civières du plan blanc, entre autres

  • Ma mission est d’être présent, au nom du personnel gréviste le 10 octobre à la bourse du travail à Saint Denis à l’invitation du collectif inter urgences. 

  • Étant personnellement dépassé par l’ampleur des évènements. Ce qui explique la forme et le fond de ce message, c’est mon témoignage.  Je suis actuellement en arrêt maladie. Et je dois avant tout prendre soin de moi. Mais j’aime mon métier, malgré les difficultés.

Les urgences Timone ne sont pas prêtes à cesser le mouvement. Une AG sera organisée début octobre, en fonction des calendriers locaux et nationaux.

Je vous remercie pour votre travail.

Nous voila donc revenus au temps des civières installées à même le sol….des conditions de travail et de prise en carge des patients qui se dégradent de plus en plus.

Jusqu’où nos dirigeants vont nous faire aller ?

Jusqu’à quand allons nous nous laisser faire ?

Jusqu’à quand allons nous tolérer de soigner dans ces conditions ?

Venez nous voir à l’assemblée générale du 10 septembre.

Rejoignez le Collectif Inter Urgences !